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Canopée, Fern et les Amis de la Terre France publient un nouveau rapport sur la contribution des forêts françaises à la lutte contre les changements climatiques. Alors que le gouvernement prévoit d’augmenter de plus de 70% la récolte de bois en forêt d’ici 2050, ce rapport propose une autre stratégie plus efficace pour le climat et la biodiversité : laisser vieillir les arbres et s’appuyer sur des méthodes d’exploitation moins intensives.

Les forêts françaises sont aujourd’hui à la croisée des chemins, comme l’a été l’agriculture dans les années 1950 – 1960. Depuis le Grenelle de l’Environnement, les appels à mobiliser davantage de bois se multiplient. Ainsi dans son projet de Stratégie Nationale Bas Carbone, en consultation jusqu’au 19 février, le gouvernement prévoit d’augmenter la récolte de bois fort de 48 Mm3 à 83 Mm3 par an, avec une intensification de la récolte liée à une hausse des usages énergétiques du bois qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour la biodiversité et le climat, comme l’expliquent les co-auteurs de ce rapport.

Pour Gaëtan Du Bus, docteur en sciences agronomiques, expert forestier et gestionnaire de forêts depuis 25 ans: “Une augmentation massive de la récolte de bois dans les forêts françaises se traduirait par une baisse de la fertilité des sols et une forte érosion de la biodiversité. Sur le long terme, c’est la capacité même des écosystèmes forestiers à produire et se régénérer qui pourrait être remise en cause par la stratégie proposée par le gouvernement”. 

Pour Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour Canopée et porte-parole “forêt” des Amis de la Terre: “La stratégie proposée par le gouvernement français est à contre-sens des recommandations d’un nombre croissant de scientifiques [1] et des engagements de l’Accord de Paris [2]: pour tenter de stabiliser le climat, il est crucial de préserver et de restaurer les puits de carbone naturels. Le gouvernement est en train de faire l’exact inverse en augmentant la récolte”.

Les dépérissements observés en forêt suite aux sécheresses et les attaques de scolytes dans l’Est de la France sont certes à prendre au sérieux, mais ne doivent pas servir d’alibi à des récoltes anticipées et à une généralisation de pratiques très dommageables, comme les coupes rases suivies de plantation en monoculture, comme l’explique Gaëtan Du Bus: “Les forêts françaises sont encore très jeunes et donc en pleine croissance. Nos simulations montrent que, même en cas de mortalité aggravée liée au changement climatique, intensifier la récolte est sans doute la pire des options.

Laisser 25% de la forêt française en libre-évolution, miser sur la résilience et la diversité des espèces, allonger l’âge de récolte des arbres, mieux répartir les prélèvements actuels plutôt que des les concentrer dans les massifs les plus accessibles et pratiquer une sylviculture maintenant  le couvert forestier constituent les principales recommandations de ce rapport, qui a été remis le 18 février 2020 à la députée Anne-Laure Cattelot. La députée a été nommée par le Conseil de Défense Écologique pour une mission sur la forêt et le climat.

[1] Voir, par exemple, la position du Conseil des Académies Nationales des Sciences des États membres de l’Union Européenne: https://easac.eu/press-releases/details/easac-s-environmental-experts-call-for-international-action-to-restrict-climate-damaging-forest-bioe/ 

[2] Article 5.1 de l’Accord de Paris: “Les Parties devraient prendre des mesures pour conserver et, le cas échéant, renforcer les puits et réservoirs de gaz à effet de serre comme le prévoit l’alinéa d) du paragraphe 1 de l’article 4 de la Convention, notamment les forêts.” https://unfccc.int/sites/default/files/french_paris_agreement.pdf

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