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Dans une lettre ouverte (14 janvier 2018), plus de 700 scientifiques alertent le Parlement européen sur l’utilisation de la biomasse forestière à une échelle industrielle.

Alors que le Parlement européen tente de prendre des mesures en faveur des énergies renouvelables, le développement de la bioénergie à une échelle industrielle menace la préservation des forêts mondiales et participe à l’accélération du changement climatique.

La réglementation de l’Union Européenne considère la bioénergie comme une énergie renouvelable. Ce qui permet aux pays, aux centrales électriques et aux usines de revendiquer l’obtention de crédits d’énergie renouvelable tout en ayant délibérément abattu des arbres afin de les brûler à des fins énergétiques.

Depuis des décennies, les producteurs européens de papier et de bois produisent de l’électricité et de la chaleur à partir de sous-produits provenant d’une quantité limitée de déchets de bois et de résidus forestiers. Comme l’essentiel de cette matière est appelé à se décomposer et à libérer du dioxyde de carbone au bout de quelques années, son utilisation en remplacement des combustibles fossiles peut réduire les émissions nettes de dioxyde de carbone dans l’atmosphères en l’espace de quelques années également. En revanche, abattre spécifiquement des arbres et les brûler pour produire de l’énergie libère du carbone, qui autrement, resterait stocké en forêt.

L’idée selon laquelle la combustion du bois est “neutre” en carbone est fausse. Même si les arbres repoussent, l’utilisation du bois récolté et brûlé aura pour effet immédiat d’augmenter le carbone dans l’atmosphère et de participer au réchauffement climatique pendant des décennies, voire des siècles avant que les forêts ne se régénèrent et recapturent le CO2. De nombreuses études scientifiques démontrent que la combustion de bois est inefficace : pour chaque kWh  (kilowattheure) produit, il émet beaucoup plus de carbone que la combustion fossile.

De plus, la récolte de biomasse forestière provoque l’érosion des sols et une décomposition accélérée des racines et branches d’arbres laissées au sol, ces émissions indirectes augmentent donc la “dette carbone”. Globalement,  la récolte et la combustion de bois va entraîner une forte augmentation de la teneur en carbone dans l’atmosphère d’ici 2050 au détriment d’une réduction des émissions qui pourrait être obtenue grâce aux efforts investis dans l’énergie solaire ou éolienne.

Centrale de Gardanne

Préservons les forêts existantes

Le temps est compté. Augmenter le carbone dans l’atmosphère pendant des décennies entraînera des dommages permanents en raison de la fonte rapide des glaciers et du pergélisol, et d’une augmentation de la température et de l’acidité des océans. A un moment critique où les pays doivent « gagner du temps » contre le changement climatique, cette approche revient à gaspiller le temps dont nous disposons.

Les forêts qui abritent une grande partie de la biodiversité terrestre sont en danger sous la pression de cette politique de développement de la biomasse. Plus de 100% de la récolte actuelle annuelle de bois en Europe serait nécessaire pour ne fournir qu’un tiers des besoins en énergie de la directive européennes sur les énergies renouvelables.  Parallèlement, la demande en bois et en papier va subsister, entraînant une pression croissante sur les forêts du monde entier. L’exemple que l’Europe donnerait à d’autres pays serait encore plus dangereux. En encourageant à juste titre des pays comme l’Indonésie et le Brésil à protéger leurs forêts, le message envoyé est paradoxal : « coupez vos forêts tant que quelqu’un les brûle pour de l’énergie. »

Une fois que les pays auront investi leurs efforts dans cette direction, il pourrait devenir impossible de corriger cette erreur. Au niveau mondial, si nous voulons augmenter de 3 % la part de bois utilisé pour l’énergie, cela impliquerait de doubler la récolte de bois commercialisé.

En 1850, l’utilisation du bois-énergie a contribué à la quasi-déforestation des forêts de l’ouest de l’Europe alors même que les européens consommaient beaucoup moins d’énergie qu’aujourd’hui. Bien que le charbon ait contribué à sauver les forêts européennes, la solution pour le remplacer n’est pas de revenir en arrière et de brûler les forêts, mais plutôt de remplacer les combustibles fossiles par des énergies à faible teneur en carbone, telles que l’énergie solaire et éolienne.

Version française (traduction Canopée) de la lettre ouverte au Parlement Européen de plus de 700 scientifiques alertant sur les dangers d’une utilisation énergétique du bois à l’échelle industrielle.

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