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Le 22 décembre 2020 – Face aux critiques sur le plan de renouvellement des forêts et la plantation de 50 millions d’arbres, le gouvernement a annoncé aujourd’hui la signature d’une charte avec les professionnels de la forêt et du bois. Canopée s’est invitée à la réunion pour dénoncer cette opération d’enfumage et interpeller directement le Ministre de l’Agriculture. Vidéo et résumé de notre intervention ci-dessous.

Dans le cadre du plan de relance, 200 millions d’euros de budget sont consacrés à la filière forêt-bois dont environ 150 millions d’euros pour le renouvellement des forêts pour mieux les adapter au changement climatique. 

Pour Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour Canopée : « Le gouvernement joue l’enfumage en annonçant vouloir planter 50 millions d’arbres. En réalité, ce sont au moins autant d’arbres qui vont être coupés, le plus souvent en bonne santé, pour être remplacés par des résineux. Le climat sert d’alibi : ce plan n’est pas un plan d’adaptation de la forêt aux changements climatiques mais aux besoins de l’industrie ».

Pas de plantation sans coupes rases

La conversion des forêts en parfaite santé existantes est au cœur de la controverse car le Ministère de l’Agriculture l’a intégré dans son plan de renouvellement des forêts. Cette pratique consiste à détruire entièrement une forêt diversifiée par coupe rase puis à la remplacer par une plantation, généralement une monoculture de résineux. Dans de nombreuses régions comme le Morvan ou la Dordogne, ces coupes rases font l’objet d’une contestation sociale très forte. 

Non seulement ce plan n’interdit pas ce type de coupes rases mais il les subventionne avec de l’argent public à hauteur de 60%.

Les demandes d’encadrement des coupes rases ignorées

Missionnée par le gouvernement, la députée Anne-Laure Cattelot a remis, en juillet 2020, son rapport qui préconise l’interdiction des coupes rases au-delà de 2 hectares (sauf motif sanitaire). Une proposition qui fait écho au projet de loi porté par la députée Mathilde Panot et 13 autres députés ainsi que la Convention Citoyenne sur le Climat. 

Une instrumentalisation des changements climatiques

De nombreuses forêts souffrent du changement climatique. Dans les cas les plus extrêmes, la coupe rase suivie d’une nouvelle plantation peut se justifier mais ce plan fait de cette exception, une généralité en refusant de s’appuyer sur des critères sanitaires stricts pour distinguer les forêts objectivement dépérissantes (impasse sanitaire), des forêts en bonne santé mais qui ne correspondent pas au besoin des industriels. 

La coupe rase d’une forêt existante en bonne santé est un double contre-sens scientifique : d’une part, parce qu’elle créée une dette carbone sur plusieurs d’années et d’autre part, parce qu’elle affaiblit sa résilience en modifiant en profondeur l’écosystème. Ce que ne dit pas ce plan, c’est que les plantations installées après des coupes rases subissent de fortes pertes liées à une exposition plus forte au soleil. Enfin, alors qu’un consensus scientifique clair montre qu’une forêt diversifiée est plus résiliente, ce plan ne fixe aucune condition de diversification pour les forêts de moins de 10ha et un simple objectif de 20% d’une autre essence pour celle au-delà de ce seuil ce qui est très insuffisant.

Vers une industrialisation de la forêt

Dans une forêt bien gérée, nul besoin de plantation. Le savoir-faire des forestiers est de s’appuyer sur la capacité naturelle des forêts à se renouveler naturellement. Alors que le gouvernement s’acharne à diminuer les effectifs de l’ONF en prétextant que l’État n’a plus d’argent, ce plan apparaît comme une provocation.

Ce qui se joue avec la mise en place de ce plan, c’est une accélération de l’industrialisation des forêts : remplacement des forêts feuillus mélangées par des monocultures résineuses, remplacement d’une gestion forestière basée sur l’observation et l’accompagnement des dynamiques naturelles par des cycles de plantations suivies de coupes rases.

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