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Les Mentawaï sont la population autochtone des îles du même nom situées au large de la côte ouest du Sumatra occidental, en Indonésie. Ils cultivent une relation étroite avec la forêt et leur environnement. Mais leur nature, si précieuse pour eux, est régulièrement menacée. Sur les plus de 4 000 km2 de la surface des îles Mentawaï, la moitié a déjà été accordée en licence d’exploitation à des entreprises forestières.

L’expansion de l’huile de palme

L’huile de palme est le principal moteur de la destruction des forêts en Indonésie : elle est responsable de plus de 30 % de la déforestation. Le territoire indonésien concentre l’une des plus grandes forêts équatoriales au monde, mais ce poumon de la terre est menacé. La biodiversité animale et végétale, le cadre de vie des populations autochtones, les équilibres climatiques sont en danger.

L’île indonésienne de Sumatra est couverte de plantations de palmiers à huile et les entreprises cherchent encore à se développer. En 2014, l’organisation Yayasan Citra Mandiri Mentawaï (YCMM), qui lutte pour les droits du peuple autochtone Mentawaï, a enquêté et révélé que des compagnies d’huile de palme souhaitaient exploiter les ressources des îles Mentawaï. Ils se sont alors associés aux étudiants Mentawai vivant hors des îles, aux églises et aux autorités locales pour largement informer sur les impacts des plantations auprès de la population. Grâce à la radio et à leur journal, ils ont réussi à faire en sorte que l’ensemble de la communauté comprenne l’importance de préserver leurs forêts face aux exploitations d’huile de palme. Leur plaidoyer a non seulement permis de faire annuler les permis de ces entreprises, mais aussi d’obtenir du chef de district qu’il déclare l’archipel « anti-palmier à huile ». Il s’est engagé à ce qu’aucun nouveau permis ne soit accordé.

Une nouvelle menace : les concessions forestières

YCMM nous a récemment alerté d’une nouvelle menace qui pèse sur leurs forêts : une exploitation forestière de près de 45 000 ha, qui s’étendrait sur cinq de leurs villages.

Si celle-ci est autorisée, la nature ne sera pas la seule à être impactée. Environ 8 000 personnes vivent sur ces terres et en dépendent pour leurs moyens de subsistance. Tous sont des autochtones Mentawaï. Leur économie, leurs maisons, leurs médicaments, leurs rites, tout cela dépend de la forêt. Ils y plantent des fruits et du rotan qu’ils vendent, y chassent, y enterrent leurs morts, y cueillent les plantes qui les soignent. Tout cela est menacé.

L’entreprise derrière ce projet, PT Alam Bumi Sikerei a trois mois pour obtenir l’autorisation du gouvernement. Après avoir déposé une demande de permis auprès du Ministère des forêts, elle va devoir réaliser une étude d’impact environnemental où elle devra échanger avec les communautés locales pour obtenir un permis environnemental du gouverneur de Sumatra. Le problème est que cela n’est qu’une formalité. Dans le droit indonésien, ces terres appartiennent à l’Etat et non aux Mentawaï. Les entreprises utilisent de plus souvent des subterfuges pour accélérer le processus et contourner les règles. Ils font des copier/coller d’autres études d’impacts, organisent des réunions avec les communautés où ils récupèrent leurs signatures et s’en servent sans leur consentement… Elles sont aussi expertes dans la désinformation : elles mentent sur le nombre d’arbres qui seront coupés, promettent que le projet les rendra riches, qu’ils pourront envoyer leurs enfants à l’école, qu’ils auront un emploi.

Mais la réalité est toute autre. Les dividendes et les emplois, s’il y en a, ne vont que rarement aux communautés. Rifai Lubis, directeur de YCMM, relate de nombreux exemples : « dans les provinces de Jambi et Riau les communautés sont devenues très pauvres. Elles n’ont plus de maisons, plus de cultures, plus de nourriture et plus rien à vendre. A Sumatra, les Orang Rimba, un autre peuple autochtone, vivent maintenant de mendicité. »

Mais une résistance s’organise. Fort de leur succès contre les cultures de palmiers à huile, YCMM a commencé à informer les communautés sur le risque de ce nouveau projet. En s’appuyant là encore sur les réseaux d’étudiants, elle souhaite convaincre les autorités de refuser le permis. Nous nous joignons à leur lutte contre l’exploitation de leur forêt et pour la préservation de leurs moyens de subsistance. Ce projet doit être stoppé.

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