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Le gouvernement publie aujourd’hui sur son site officiel une analyse du risque de déforestation associé aux importations de soja en provenance du Brésil. Un outil très attendu, à compléter par d’autres leviers.

Un outil de transformation du marché

Dans le cadre de la Stratégie Nationale de Déforestation Importée publiée par la France en 2018, Canopée a coordonné un groupe de travail multi-acteur regroupant plus de 45 participants représentant l’ensemble des acteurs de la filière du soja. L’objectif était de trouver des solutions techniques au problème de déforestation associé aux importations françaises. C’est dans ce cadre qu’a été conçu l’outil présenté aujourd’hui.

En croisant des données de suivi satellitaire et des informations sur les flux logistiques de soja, il permet de localiser les zones à risque et l’exposition des entreprises mettant sur le marché du soja provenant du Brésil.

Le soja à risque ne représentant qu’un faible volume de la production, il serait alors moins coûteux pour les négociants de transformer l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement que de séparer les flux à risque. De plus, le commerce mondial est concentré sur quelques entreprises. Cela offre donc un levier pour changer l’ensemble du marché.

Identifier les acteurs à risque

L’outil permet notamment de visualiser la part des approvisionnements des importateurs de soja représentant un risque élevé de déforestation. Par exemple, on y voit que parmi le soja fournit par Bunge, le premier négociant de soja en volume de la France, près de 40% est à fort risque de déforestation. Mais l’analyse va plus loin: pour comprendre d’où vient ce risque, il permet de visualiser les États et les municipalités où la production de soja est associée à un fort taux de déforestation.

Un premier outil à compléter

Lors de la publication du rapport présentant ce mécanisme, l’ensemble de la grande distribution, rejoint plus tard par le leader de la volaille LDC et le fabricant d’aliments Cooperl, a soutenu l’outil.

Bien que cela soit un bon début, de nombreux acteurs comme la restauration hors domicile ou le secteur bancaire ne se sont pour l’instant pas saisis de la question. Là est la limite de se reposer uniquement sur une démarche d’engagements volontaires.

En 2017, la France a été pionnière en instaurant une loi sur le devoir de vigilance des entreprises. Celle-ci leur impose de prévenir les risques en matière d’atteinte à l’environnement et aux droits humains liés à leurs activités. Il est donc impératif d’avoir une articulation claire entre la Stratégie Nationale de lutte contre la Déforestation Importée et cette loi.

Un enjeu important au niveau européen

La Commission européenne a publié le 17 novembre dernier un projet de loi contre la déforestation importée. Cela pourrait être une opportunité historique pour mettre fin à la responsabilité de l’Europe dans la destruction des forêts tropicales. Malheureusement, dans le cas du soja, en l’état, le projet de loi ne permettra pas de résoudre le problème. En effet, il ne s’intéresse pour l’instant qu’aux forêts. Hors, la déforestation liée au soja a principalement lieu dans la savane du Cerrado au Brésil.

Le texte sera dans les prochains mois débattu au niveau des États et du Parlement européen. La France, qui présidera l’Union Européenne à partir de janvier 2022 devra porter une position forte pour renforcer l’ambition de cette loi.

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