La seule exigence pour pouvoir certifier l’huile de palme pour les biocarburants est qu’elle réponde aux critères critères européens de durabilité. Ces critères sont très restreints et les experts scientifiques ainsi que la Cour des Comptes Européenne sont unanimes : ils sont insuffisants et n’empêchent en rien la déforestation due à l’expansion des plantations d’huile de palme.

L’utilisation de l’huile de palme en carburant pousse la demande à la hausse, et vu les volumes requis, conduit inévitablement à la création de nouvelles plantations. Celles-ci se font soit directement à la place des forêts naturelles soit indirectement en augmentant la pression foncière et en conduisant à un déplacement des activités humaines vers les forêts. Les certifications s’arrêtant aux limites des parcelles certifiées, elles ne peuvent pas limiter les effets indirects (appelés “changement d’affectation indirects des sols”).

Pour comprendre ces effets indirects, il faut considérer l’effet domino produit par une hausse de la demande :

Dans la situation actuelle, l’acheteur A se fournit chez le producteur A qui a une plantation « certifiée ».

Total, nouveau venu engagé à trouver de l’huile certifiée, obtient l’approvisionnement fourni par le producteur A, issu de plantations anciennes et non de déforestation récente. L’acheteur A doit alors chercher un autre fournisseur : le producteur B. L’acheteur B doit donc lui aussi chercher un nouveau fournisseur… et en bout de chaîne, le volume supplémentaire demandé à la filière devra être trouvé : c’est là que la déforestation intervient. Le monde ne manque pas d’acheteurs peu exigeants acceptant de se fournir chez un producteur qui défriche une forêt pour augmenter sa surface de plantation.)

Ce phénomène de déplacement de la chaîne d’approvisionnement a été difficile à faire prendre en compte car il est par nature diffus et n’est pas mesurable de façon précise. Il est pourtant officiellement reconnu par la Commission Européenne sous l’appellation Indirect Land Use Change (ILUC) ou Changement d’Affectation des Sols Indirect (CASI) mais pas encore intégré dans les modalités de calcul du bilan carbone des différents “biocarburants”. C’est l’un des enjeux forts de la révision de la directive énergie renouvelable car si l’on prend en compte l’effet ILUC, alors l’huile de palme est le “biocarburant” présentant le pire bilan carbone aujourd’hui sur le marché.

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