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Après les incendies de cet été, un débat s’ouvre sur la reconstitution des forêts sinistrées mais plus largement sur la nécessité de refondre notre politique forestière pour l’adapter aux enjeux. (crédit photo: Jacques Hazera / Peuplement de pin maritime traité en futaie irrégulière dans Les Landes).

Après une série de prises de positions appelant à des changements (dont la notre ici), deux tribunes viennent d’être publiées (lire ici ou ici) par les tenants de l’ordre établi, envoyés en première ligne pour défendre le système de monoculture landais à bout de souffle.

Surtout ne rien changer, c’est en substance ce qui se dégage de ces textes, dont il est difficile de dégager une proposition un peu concrète. Rien de surprenant. Face à l’ampleur des changements en cours et du défi à relever, il est logique que des forces réactionnaires s’expriment. Il est plus navrant de voir l’interprofession, et son président Jean Michel Servant, s’en faire l’écho élogieux sur Linked In plutôt que de les circonscrire à ce qu’ils sont – une minorité en résistance au sein de la filière – et d’encourager celles et ceux qui ont compris que le monde était en train de changer et que le temps de la stabilité climatique était révolu. 

Petite mise au point donc, notamment sur la salve décochée sur la futaie irrégulière qui serait plus propice à la propagation des incendies selon Philippe Riou Nivert et Amelie Castro car elle favorise la continuité verticale entre les strates et donc le passage du feu vers les cimes. 

Résistance et résilience: les atouts de la futaie irrégulière face aux incendies

L’argument est valable mais pris isolément, il est insuffisant. Pour au moins deux raisons. 

La première est qu’un peuplement irrégulier est un peuplement avec des âges différents. Or, pour un arbre comme le pin maritime, plus un arbre est âgé, plus son écorce est épaisse et plus il est résistant aux flammes. Mélanger des arbres d’âge différents, c’est éviter de se retrouver avec des jeunes plantations de pin maritime de 10-20 ans, hyperdenses et qui constituent des poudrières. Pour le propriétaire, c’est réduire le risque de toute perdre.

Deuxième raison, liée à la première, un peuplement irrégulier permet d’avoir des arbres semenciers et donc d’avoir des peuplements plus résilients. Si le peuplement brûle, les cônes de pin maritime s’ouvrent et les graines germent. Le peuplement peut se régénérer naturellement. Pour le propriétaire, c’est moins de coûteuses plantations (et pour les coopératives, c’est moins de travaux et de plants à facturer, ce qui constitue le vrai nœud du problème). A Landiras, après la tempête de 2009, tous les semenciers debout ayant survécu ont été coupés, la parcelle « nettoyée » et replantée alors que l’option de régénération naturelle était possible. Une dizaine d’années après, tout a brulé. Sauf que cette fois-ci, les semenciers ayant disparu, l’option régénération naturelle est plus compliquée.

Par ailleurs, il est étrange de n’évaluer l’intérêt de l’irrégularisation qu’à l’aune du risque incendie. L’hétérogénéité structurelle présente un avantage en cas de tempête, un aléa qui va devenir de plus en plus fréquent. 

Quant à la diversification des essences, personne n’avance qu’il faut se débarrasser du pin maritime en essence objectif dans les Landes : le sujet est d’augmenter la part de feuillus en essences secondaires, en commençant par arrêter de raser les derniers lambeaux de forêts de feuillus restants.

Un contre-feu organisé par une filière bois landaise

Aujourd’hui, la gestion en futaie irrégulière dans les landes est anecdotique. Il est assez curieux de voir dégainer l’argument de la diversité des sylvicultures pour mieux la cantonner encore davantage à epsilon. Si l’on élargit le débat au reste du territoire métropolitain, la part de forêt gérée en futaie irrégulière est plus importante (bien que les chiffres manquent) mais reste très marginale : diversifier les sylvicultures, c’est se poser la question de doubler, voire tripler cette part. C’est se poser la question du type de sylviculture que les pouvoirs publics doivent encourager et soutenir, de l’introduction d’écoconditions dans les aides publiques. Or, s’il y a bien une leçon que tout le monde partage, c’est qu’aujourd’hui le risque incendie concerne la France entière. Donc, si on suit le raisonnement des auteurs de cette tribune, il ne faudrait pas développer la sylviculture irrégulière en France car elle serait plus propice aux incendies ? 

En réalité, le débat qui s’ouvre vient percuter de plein fouet le modèle économique de la coopérative Alliance Forêt Bois, qui est devenue en quelques années, un mastodonte s’étendant de la Normandie au Pays basque. Car ce qui se joue aujourd’hui, c’est l’extension du modèle landais basée sur la monoculture du pin maritime sur ce large territoire. En Dordogne, des taillis de châtaigniers, au moins en partie améliorables par balivage, sont systématiquement rasés pour être transformés en monocultures de pins. En Charente, dans les Deux Sèvres, en Maine et Loire, en Loire Atlantique, de nombreux peuplements qualifiés abusivement de « pauvres » passent en coupe réglé et sont replantés en pin maritime. Là aussi, soyons clair : le pin maritime, notamment parce qu’il est bien adapté aux sécheresses fait partie de la solution. Mais le système coupe rase / monoculture, non. C’est un vestige d’un temps où le climat était stable et où il n’y avait pas urgence à interroger chaque pratique pour essayer de minimiser les émissions de CO2.

La révision des règles de gestion en forêt privée, un test de crédibilité

Aujourd’hui, l’urgence est de passer aux actes et pour cela, la révision des règles de gestion forestière en forêt privée va être un vrai stress-test. Ces règles sont définies par des Schémas Régionaux de Gestion Sylvicole (SRGS) qui, par définition, sont discutés au niveau des région. Face aux défis que la forêt doit affronter, nous proposons, par exemple, que les plans simples de gestion intègrent de façon systématique un volet biodiversité (un engagement pris mais non tenu par la France avec le plan de relance), un volet adaptation et un volet lutte contre les incendies.

Cette année, l’ensemble de ces SRGS vont être révisés et soumis à consultation publique : selon les régions, la qualité des projets soumis à consultation est très variable mais la palme du pire va sans aucune hésitation au SRGS Nouvelle-Aquitaine. Si vous voulez comprendre pourquoi j’ai ouvert cet article avec la phrase « Surtout ne rien changer », lisez ce projet et participez à la consultation publique qui s’ouvre dans une semaine. 

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