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Contrairement à ce qu’affirme Total – et le gouvernement – l’approvisionnement en huile de palme pour la « bioraffinerie » de La Mède ne se limitera pas à 300 000 tonnes. D’après nos calculs, il est plus proche de 550 000 tonnes et l’utilisation d’huiles usagées est anecdotique.

#1 – L’arrêté préfectoral d’ouverture permet à Total d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huile de palme brute

Dans une opération de communication bien rodée, le 16 mai 2018, Nicolas Hulot annonce, en direct de l’émission de Jean-Jacques Bourdin, qu’il va délivrer l’autorisation d’ouverture de la bioraffinerie de La Mède et qu’il a trouvé un accord avec Total : limiter l’approvisionnement en huile de palme à 300 000 tonnes. Un message appuyé par Total qui publie simultanément un communiqué de presse.

Problème : l’arrêté préfectoral, publié le même jour, ne mentionne à aucun moment cette limite et, au contraire, autorise Total à importer 450 000 t/an « d’huiles végétales brutes de toutes natures » (extrait de la page 20).

#2 – Ce qui se cache derrière « les distillats d’acide gras » : de l’huile de palme !

Au-delà des 450 000 tonnes « d’huiles végétales brutes », l’arrêté mentionne que Total complétera son approvisionnement avec « 25% de distillats d’acide gras, d’huiles alimentaires usagées ou graisse animale de catégorie 3 ».

Mais qu’est ce qui se cache derrière ses fameux « acides gras » ? Pour le savoir, il faut aller lire un autre document : le rapport de l’inspection de l’environnement chargée des installations classées (extrait de la page 12).

Ce document montre que les 450 000 tonnes d’huiles végétales sont bien, en réalité, de l’huile de palme brute mais il montre également que les « distillats d’acide gras » sont aussi des produits à base d’huile de palme : les Palm Fatty Acid Distillate (PFAD).

Les PFAD ne sont pas des « résidus » ou des « déchets » d’huile de palme brute mais des co-produits. Et ça, cela change tout. En effet, une fois récoltés, les fruits du palmier à huile s’oxydent rapidement : au bout de quelques heures, si les grappes ne sont pas transportées et transformées en raffinerie, l’huile extraite n’est plus utilisable pour l’alimentation et doit être réservée à d’autres usages industriels comme la cosmétique ou l’industrie des peintures. Il s’agit donc plutôt d’une huile de qualité secondaire mais son prix est très proche de l’huile de palme brute. Si le prix des PFAD est élevé, c’est parce que de nombreux industriels comme Total essayent de les faire passer comme des « déchets » ce qui leur permettrait de les classer comme des « biocarburants avancés » et de les compter doublement dans le cadre du mécanisme de soutien aux biocarburants.

Mais, en France, le gouvernement a tranché dans le cadre de la Stratégie Nationale de Lutte contre la Déforestation Importée (extrait de la page 20).

Les PFAD sont classés, au même titre que l’huile de palme brute, dans la catégorie des « biocarburants de première génération ». Précisément, ceux qui posent problème.

#3 – Total bluffe sur l’utilisation d’huiles usagées

En essayant de faire passer les PFAD comme des « résidus » ou des « déchets », Total tente de faire croire que la bioraffinerie de La Mède fonctionnera en grande partie avec des « huiles usagées ».

En réalité, le gisement d’huile usagée est très limité en France : de l’ordre de 100 000 t/an comme le reconnait d’ailleurs Total. Dans un communiqué de presse commun avec Suez, Total annonce la signature d’un partenariat de 10 ans pour approvisionner La Mède avec 20 000 t/an. Une goutte d’eau comparée à l’approvisionnement global de 650 000 tonnes.

#4 – Total refuse de publier son plan d’approvisionnement

Ce débat autour de l’approvisionnement de la « bioraffinerie » de La Mède serait beaucoup plus transparent si Total acceptait de publier son plan d’approvisionnement. Malgré nos demandes répétées, l’entreprise s’y refuse et se limite à publier sur son site Internet, un camembert sans aucune donnée quantitative.

Si l’on considère un approvisionnement de 20 000 tonnes d’huiles usagées, 50 000 tonnes d’huile de colza, il reste encore 580 000 tonnes à trouver.

Or, les seuls documents disponibles (dossier d’enquête publique, rapport de l’inspection de l’environnement) montrent que les produits à base d’huile de palme pourraient représenter 550 000 tonnes (sous forme d’huile de palme brute ou de PFAD).

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