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Dans le cadre de la préparation des élections régionales, Canopée a rédigé et envoyé un cahier de propositions pour des forêts vivantes aux différent.es candidat.es (à l’exception des listes d’extrême droite).

Analyse des réponses et des programmes par région.

Résumé :

  • La forêt est au carrefour des enjeux climatiques et de préservation de la biodiversité : longtemps mis de côté, le débat sur les politiques forestières intéresse de plus en plus de français et mobilise de nombreux collectifs sur le terrain.
  • Les régions disposent de nombreux leviers pour mieux protéger et gérer les forêts en orientant les subventions et les aides publiques vers une sylviculture plus proche de la Nature. Cela peut par exemple passer par le soutien à l’investissement dans les petites et moyennes scieries, qui transforment des bois locaux, ou encore par un refus de subventionner des projets industriels surdimensionnés, qui augmentent la pression sur les forêts. A partir de 2022, les régions vont avoir à gérer les aides européennes à la forêt ; ce qui constitue un puissant levier de changement. Pourtant, trop peu de candidat.es se saisissent de ces enjeux.
  • Halte au greenwashing avec la plantation d’arbres : trop de candidat.es mettent en avant des chiffres de plantation d’arbres. Or, le problème n’est pas tant d’augmenter la surface de forêt que de mieux protéger et gérer les forêts existantes en faisant évoluer les pratiques.

Auvergne Rhône Alpes

La région Auvergne-Rhône-Alpes est la troisième région forestière de France : les forêts couvrent 36% de sa surface. Pourtant, certaines listes ne perçoivent pas les enjeux de la gestion forestière.

Cécile Cuckierman, candidate de la France Insoumise et du Parti Communiste, est la seule candidate à avoir réagi à nos propositions dans cette région. Dans l’ensemble, elle s’inscrit dans la même logique que Canopée, en insistant sur l’importance de deux outils pour préserver les forêts : l’Office National des Forêts (ONF) et les Parcs Naturels Régionaux (PNR). Elle indique notamment que “ces services publics sont notre ADN, et à ce titre nous soutenons et défendons l’ONF à travers notamment la filière bois régionale. Nous aurons une gestion écologique des territoires et des forêts : il est urgent de mettre fin à la liquidation de l’Office national des forêts.”

Pour Cécile Cuckierman, les PNR sont d’une importance capitale : “nous investirons dans les parcs naturels régionaux pour en faire de véritables laboratoires de développement rural et de la bifurcation écologique. Les PNR sont d’une utilité cruciale dans notre Région où ils recouvrent environ 25 % du territoire. C’est donc un enjeu de taille que de promouvoir ces PNR auprès des élus afin que les politiques publiques soutiennent ces PNR dans leurs missions.”

Laurent Wauquiez (LR), qui mène la liste “La région de toutes ses forces”, est annoncé comme étant le favori de ces élections en Auvergne-Rhône-Alpes. Son programme n’évoque pas la forêt ni la biodiversité : ce sujet ne semble donc pas prioritaire pour lui.

Les seules propositions qui pourraient être bénéfiques aux forêts dans son programme sont celles qui abordent la question de la relocalisation des emplois, et la charte de préférence régionale. Les produits locaux devraient être favorisés : cette idée pourrait être une avancée pour les petites scieries, qui ne parviennent plus à s’approvisionner en bois, sous la pression de l’exportation vers la Chine (lire notre article). Cependant, si ces idées pourraient avoir des répercussions positives sur l’exploitation des forêts, elles ne sont pas motivées par des objectifs de restauration d’un état écologique favorable des forêts, mais plutôt par de simples considérations économiques.

Le candidat de la République en Marche, Bruno Bonnell, n’a pas non plus souhaité nous répondre. Son programme évoque tout de même la nécessité de protéger la biodiversité : il explique vouloir “sanctuariser des réservoirs de biodiversité partout dans la région”. Si cette intention est louable, elle ne permet pas pour autant d’améliorer les pratiques de gestion forestière. Il est important de protéger certaines zones forestières en les “sanctuarisant”, mais la société a également besoin de bois : il est donc essentiel d’encourager une sylviculture plus responsable dans les forêts exploitées. Bruno Bonnell indique également vouloir planter 1 million d’arbres en permettant à chaque foyer de récupérer un arbre chez un pépinieriste de la région: une mesure qui relève davantage de la communication que de la politique forestière.

Le programme de la liste conduite par Najat Vallaud-Belkacem (PS) n’évoque pas non plus spécifiquement les enjeux forestiers. Sa proposition d’instaurer l’état d’urgence écologique mériterait d’être détaillée en pratique. Sa volonté de “défendre et étendre les Parcs Naturels Régionaux” va dans le bon sens, si les compétences de ces organismes sont renforcés.

Pour finir, la candidate d’Europe Ecologie les Verts, Fabienne Grebert, indique vouloir “agir pour le climat”. Elle explique que “la région a déjà atteint 2,2° de réchauffement climatique” et propose “de planter un arbre par habitant soit 8 millions d’arbres, en veillant à diversifier les espèces”. Si le constat de l’urgence climatique est pertinent, la priorité n’est pas de planter des arbres, mais de mieux gérer et protéger les forêts existantes. Dommage que la candidate mette en avant ce type de mesures qui relève davantage de la communication que d’une politique forestière pertinente.

Fabienne Grebert explique aussi vouloir créer deux nouveaux parcs naturels régionaux.

Bourgogne Franche Comté

La Bourgogne-Franche-Comté fait partie des régions les plus boisées de France avec une filière forêt-bois très dynamique. Depuis plusieurs années, les conflits autour des coupes rases et des plantations de douglas sont très vifs, notamment dans le Morvan.

Deux listes se dégagent: celles conduites par Stéphanie Modde et Bastien Faudot.

La liste conduite par Stéphanie Modde propose ainsi “de soutenir la résilience des forêts par des sylvicultures douces irrégulières, les mélanges d’essences, un seuil de coupes rases inférieur à 4 hectares dans les projets, une charte de qualité de l’exploitation forestière, [intégrant] la pratique de la traction animale”. Elle propose également “ de consacrer 1 % du budget régional (15 millions d’euros) à l’achat de forêts” pour les gérer de façon écologique. Bémol : sa proposition de s’appuyer sur les certifications pour encadrer le bois énergie n’est pas suffisante, car celles-ci autorisent les coupes rases de forêts de feuillus.

Les autres listes ne nous ont pas répondu. La liste conduite par Bastien Faudot (Le temps des cerises) propose de lutter contre “l’enrésinement”, met l’accent sur “la défense du service public forestier” et propose de “relocaliser la transformation du bois pour la construction”. Des mesures qui mériteraient d’être précisées, notamment sur la question du bois énergie.

La liste conduite par Marie-Guite Dufay (PS) évoque très peu la forêt, avec uniquement une mesure de communication sur “la volonté de planter 100 000 arbres”, sans en préciser les conditions. Il aurait été utile que cette liste, qui gère actuellement la région, clarifie sa politique de soutien aux projets industriels de bois énergie comme Biosyl (Cosnes sur Loire, Nièvre) et Poujoulat (Demangevelle, Haute-Saône).

Enfin, la liste conduite par Gilles Platret (LR) se place délibérément du côté des promoteurs des coupes rases en s’engageant même à mettre en place des mesures contre le “forêt bashing”.

Bretagne 

Avec seulement 14% de surface forestière, la Bretagne est une région relativement peu boisée. Toutefois, avec plusieurs massifs de qualité et une vraie culture de valorisation des bois feuillus, l’enjeu reste important.

La liste conduite par Pierre-Yves Cadelen (France Insoumise) pose un diagnostic précis et propose des actions pertinentes pour une forêt vivante en Bretagne : soutien à une sylviculture à couvert continu, lutte contre les coupes rases, allongement des cycles d’exploitation, mélange d’essences pour faciliter l’adaptation des forêts aux changements climatiques, formation des professionnels, création d’un label bois de Bretagne, conditionnalités des aides publiques, gouvernance ouverte aux citoyens et aux associations.

La liste conduite par Loïg Chesnais-Girard s’est montrée particulièrement intéressée par nos propositions et prête à s’appuyer sur l’expertise de Canopée au fur et à mesure de la mise en place de ses politiques. Les programmes précédemment mis en place par cette liste, tels que Breizh Biodiv par exemple, nous semblent pertinents. Cependant, cette liste met également en avant « la plantation de 5 millions d’arbres » ; or, si il peut être judicieux de planter des arbres dans certains cas, il est important de mettre en avant surtout la gestion raisonnée des forêts existantes. Dans une forêt bien gérée, les plantations sont inutiles : la forêt n’a pas besoin de l’Homme pour vivre.

La liste menée par Claire Desmares-Poirrier (Europe Écologie les Verts) propose également des mesures ciblées sur les enjeux forestiers. La candidate a souhaité s’entretenir avec nous, et partage nos propositions. Elle écrit notamment : “La sylviculture à couvert continu et la diversification des essences doit remplacer la sylviculture industrielle et de mono-culture. Nous voulons soutenir une politique forestière orientée vers une exploitation et une sortie du bois moins agressives, en lien étroit avec l’ONF.”

En plus de s’intéresser aux rôles de réservoir de biodiversité et de puits de carbone de la forêt, Madame Desmares-Poirrier insiste également sur l’importance de l’utilisation du bois d’œuvre dans les constructions publiques : notre avis est donc largement positif.

La liste conduite par Thierry Burlot (LREM) quant à elle pointe les dérives du bois énergie, sans pour autant détailler des propositions concrètes pour y remédier: « Nous la Bretagne ne croit pas que le bois énergie puisse être la principale vocation de nos forêts. Nous avons besoin d’une gestion beaucoup plus raisonnable et raisonnée. En articulant les actions des communes forestières, des propriétaires, privés de l’ONF, nous pouvons conforter voire développer une forêt bretonne de qualité».

Centre Val de Loire

La région Centre-Val de Loire est l’une des principales régions productrices de chêne. Elle abrite quelques-uns des massifs les plus réputés de France, comme la forêt domaniale d’Orléans ou de Blois. Ces forêts sont particulièrement exposées aux changements climatiques. A ce défi d’adaptation s’ajoute une pression croissante pour exploiter et exporter du chêne, notamment vers la Chine. Dans cette région, deux candidat.es ont souhaité répondre directement à nos propositions.

Charles Fournier, actuellement vice-président de la région et candidat pour Europe Ecologie les Verts et La France Insoumise, indique “rejoindre largement” nos propositions. Dans le détail, il commente nos propositions concernant l’éco-conditionnalité des aides de l’Union Européenne, négociées par les régions : “Nous ne manquerons pas de promouvoir les propositions que vous formulez et de les inscrire, tant que faire se pourra, dans le cahier des charges des dispositifs (européens). Nous nous permettrons également de solliciter votre expertise si d’aventure il y en aurait besoin.”

Charles Fournier semble avoir bien saisi les enjeux de la gestion forestière. Il indique : “Nous partageons avec vous l’intérêt fondamental de la préservation du bon état écologique de nos forêts. Elles jouent un rôle écologique essentiel de stockage de carbone, de protection des sols, d’écrêtage des crues, de filtration de l’air et des eaux. Celle-ci fait effectivement l’objet de convoitises des industriels, en particulier pour l’utilisation énergétique, soyez assurés que les politiques que nous mènerons viseront à la limiter drastiquement les projets qui ne respecteraient pas les enjeux de protection de la biodiversité et de la lutte contre le dérèglement climatique.”

François Bonneau, actuel président de la région et candidat du Parti Socialiste, nous a fait parvenir un long courrier. Il indique “se retrouver très largement dans nos propositions”, tant sur le soutien à la recherche et au développement que sur la transformation locale de bois. En termes d’achats publics, “ la Région Centre-Val de Loire a obtenu en novembre 2020 le label « Relations fournisseurs et achats responsables, durables et équitables » (RFAR, label adossé à la norme ISO 20400). C’est la première collectivité à obtenir ce label, qui distingue les collectivités ou entreprises ayant fait la preuve de relations durables et équilibrées avec leurs fournisseurs. Et nous sommes persuadés, à la lecture de vos propositions, qu’il reste encore beaucoup de progrès à faire dans ce domaine.”

Les efforts menés par Monsieur Bonneau nous semblent réels et pertinents. Cependant, Canopée s’inquiète de la confiance trop élevée en certains labels. Monsieur Bonneau indique par exemple que 37% de la surface boisée de sa région est en gestion durable car “certifiée PEFC”. Or cette certification permet notamment les coupes rases, comme on peut le lire dans notre article.

Le candidat de La République en Marche, Marc Fesneau, n’a pas répondu à nos propositions. L’écologie occupe une place importante dans son programme : il évoque notamment l’objectif de “reconquérir notre biodiversité”. Le programme de Marc Fesneau fait une petite place à la forêt. Il indique l’objectif “d’engager un plan d’action ambitieux, afin de faire de notre patrimoine forestier une véritable fierté régionale, avec l’instauration d’une filière autour des matériaux et des énergies issus de la forêt. Sur le mandat, nous réaliserons l’objectif d’un arbre planté chaque année par habitant, soit près de 15 millions d’arbres.” Ces objectifs nous inquiètent : les “énergies issues de la forêt” désignent la biomasse forestière. Or cette source d’énergie, qui consiste à couper des arbres en forêt ou à récolter du bois mort pour le brûler, est particulièrement néfaste pour les sols et la biodiversité, comme le rappellent 500 scientifiques. Les objectifs de plantation d’arbres montrent également une mauvaise compréhension des enjeux forestiers : les forêts n’ont pas besoin de l’Homme pour vivre. Il ne s’agit pas de planter des arbres, mais bien de gérer intelligemment les forêts, en laissant la place à la régénération naturelle.

Le candidat du parti Les Républicains, Nicolas Forissier, axe sa campagne sur l’enjeu de la sécurité. Il n’a pas réagi à notre cahier de propositions et ne s’est pas exprimé sur la question des forêts. Cependant, ses prises de parole en tant que député de l’Indre démontrent une conscience des enjeux forestiers. Monsieur Forissier a notamment alerté, en 2019, sur la réduction des moyens publics affectés à la forêt : “la décision du Gouvernement de diminuer les moyens du seul établissement public ayant pour mission principale d’accompagner les forêts privées (75 % de la forêt française) vers une gestion durable et multifonctionnelle paraît contradictoire avec la situation d’urgence climatique”.

Grand Est

Avec les Vosges et les Ardennes, cette région très forestière est au cœur des débats sur son avenir face aux changements climatiques. Pourtant, sur l’ensemble des candidats en lisse, seuls deux nous ont répondu.

La liste conduite par Eliane Romani (EELV) place la forêt au centre de son programme, avec une liste d’actions particulièrement détaillées et pertinentes.

Brigitte Klinkert, qui conduit la liste LREM, n’a pas trouvé le temps de nous répondre de façon détaillée en raison de ses responsabilités ministérielles (sic).

Hauts de France

Malgré leur taille modeste, les forêts des Hauts de France présentent des atouts. Elles ne couvrent certes que 13% du territoire, mais elles sont essentiellement constituées de feuillus (chênes sessiles et pédonculés, hêtres et frênes). Elles abritent également une faune et une flore variées.

Dans les Hauts de France, la candidate commune d’Europe Écologie les Verts, de La France Insoumise, du Parti Socialiste et du Parti Communiste, Karima Delli, a régi à nos propositions pour des politiques publiques régionales en faveur de forêts vivantes. Dans l’ensemble, la candidate rejoint nos propositions : “Nous partageons de nombreux aspects de votre vision de la protection des forêts dans notre Région, en France et dans le monde. L’économie de biens naturels étant à la base d’une gestion durable, la forêt, avant les services et produits qu’elle peut générer pour les hommes, doit être considérée comme un patrimoine central.”

Madame Delli reconnait avec justesse que la forêt n’a pas besoin de l’Homme pour vivre, mais que l’Homme a besoin de bois. Elle ajoute : “C’est en sens que nous nous engagerons, une fois à la tête de la Région, à ce que chaque centime dépensé soit soumis à des conditionnalités écologiques, ici plus précisément sur les aides à la desserte forestière”.

La réaction de Karima Delli nous semble particulièrement intéressante. Elle conclut en effet : “Nous souhaitons ainsi relancer un plan Forêt-Bois alternatif à la sylviculture industrielle, en défendant « la forêt avant le bois ». Cela passera par des subventions de la Région vers la sylviculture à couvert continu, à des équipements de franchissement et de protection des cours d’eau, mais aussi par un vaste plan de communication et de sensibilisation auprès des habitants, des élus et des professionnels.” Les enjeux d’une sylviculture respectueuse des cycles naturels nous semblent donc bien intégrés.

Le programme du candidat Xavier Bertrand (LR) pour la liste Se battre pour vous ! évoque brièvement les enjeux environnementaux, mais ne se penche pas sur la forêt.

Le programme de Laurent Pietraszewski, candidat de La République en Marche, ne comporte pas non plus de mesures spécifiques à forêt. Il évoque la problématique de la biodiversité, mais aborde la question par la plantation de haies. Il serait intéressant de compléter cette vision par des objectifs de gestion durable de la forêt, proche des cycles naturels.

Île de France

Avec un fort rôle d’accueil du public, les forêts d’Ile de France font l’objet de nombreux conflits entre riverains et gestionnaires forestiers à propos des méthodes d’exploitation. Les entreprises de transformation de la filière forêt-bois pèsent assez peu dans l’économie d’une région très urbanisée. Toutefois, des actions sont possibles pour renforcer la protection des forêts existantes en créant davantage de réserves régionales, en orientant les aides publiques vers une sylviculture plus respectueuse des cycles naturels ou encore en consolidant des circuits courts de transformation des bois locaux.

Seule la liste conduite par Julien Bayou (EELV) nous a répondu directement, en soutenant l’ensemble de nos propositions et en mettant en avant un plan plus global de protection de la biodiversité.

La liste conduite par Audrey Pulvar (divers gauche) met l’accent sur la protection des forêts avec la création de dix nouvelles réserves régionales et une politique forestière qui encourage la libre évolution et la gestion durable (sans détails sur ce point).

La liste conduite par Clémentine Autain (LFI) propose de renforcer la protection des forêts mais également de moduler les aides publiques avec un objectif de restauration des écosystèmes, ce qui est très pertinent pour les aides à la forêt.

La liste conduite par Valérie Pécresse (LR) insiste sur la création de quatre nouvelles réserves naturelles et la structuration d’une filière de matériaux biosourcés (sans détails pour la filière forêt bois).

Normandie

La Normandie est une région relativement peu boisée. Seuls 14% de cette région sont couverts par de la forêt, contre plus de 30% en moyenne sur la France entière.

En Normandie, deux candidat.es ont réagi à nos propositions : il s’agit de la liste d’Europe Écologie les Verts et du PS, ainsi que de la liste de l’actuel président de région, Hervé Morin.

Mélanie Boulanger est candidate à la présidence de la région Normandie pour les Verts et le Parti Socialiste. Globalement, Mélanie Boulanger approuve nos propositions : “Notre objectif de mettre la Région en état de marche pour lutter contre le réchauffement climatique rencontre vos objectifs pour des forêts vivantes.”

En ce qui concerne nos mesures d’adaptation des forêts aux changements climatiques, la position de Mélanie Boulanger est pourtant ambivalente. Elle reconnait qu’il faut aller “dans le sens de la régénération naturelle et de limiter les monocultures”, mais elle conclut également que “les programmes de plantation doivent être renforcés”. Or la forêt n’a pas besoin de l’Homme pour vivre : il s’agit avant tout de préserver la régénération naturelle en gérant durablement les forêts, avant de planter.

Le soutien aux filières locales de bois est une priorité pour la candidate Boulanger : “Nous soutenons les programmes permettant l’utilisation de matériaux biosourcés locaux dans la construction, et les scieries sont actuellement les points faibles du maillage artisanal. Cette filière est à renforcer en lien avec le secteur de l’écoconstruction”.

Dans l’ensemble, nous émettons donc un avis très favorable au mesures forêt de Mélanie Boulanger.

L’actuel président de région et ancien Ministre de la Défense Hervé Morin (Les Républicains) a également réagi à nos propositions. Ses commentaires ne concernent pas l’écosystème forestier dans son ensemble. En effet, les points de son programme touchant à la forêt sont essentiellement axés sur la biodiversité : “Dès 2016, nous avons été une des premières régions françaises à créer une Agence Normande de la Biodiversité. Depuis 2017, ce sont ainsi près de 70 projets de préservation de la biodiversité qui ont été soutenus par la Région pour un total de 4,3 M€. Trames vertes et bleues à l’échelle locale, restauration du bocage normand, lutte contre les espèces exotiques envahissantes, restauration des milieux et des espèces naturelles ont fait partie de ces projets soutenus à l’échelle régionale.”

Monsieur Morin indique aussi que la Région invite, via un questionnaire en ligne, les propriétaires privés forestiers et professionnels du secteur à donner leur avis sur leurs souhaits pour l’avenir, autour de 3 axes avec un objectif transversal de transition environnementale : l’investissement et l’adaptation de la forêt aux enjeux actuels (changement climatique, crise sanitaire…), l’innovation-coopération et la diffusion de connaissance.

Canopée s’inquiète de la notion “d’investissement et d’adaptation de la forêt au changement climatique”, qui reprend les termes du plan de relance du gouvernement. Celui ci permet en effet de financer le remplacement de véritables forêts par des monocultures d’essences qui seraient « plus adaptées au changement climatique”. Or la difficulté réside dans l’impossibilité de prévoir quelles essences seront adaptées à l’avenir, la meilleure solution étant de rester prudent et d’observer les évolutions naturelles.

Du côté de La République en Marche, le candidat Laurent Bonnaterre n’a pas souhaité réagir à nos propositions.

Laurent Bonnaterre prévoit de sensibiliser le grand public sur les dimensions écologique et économique de la forêt, ce qui nous semble être une bonne chose. Le grand public a, pour l’instant, été sciemment écarté des débats autour des enjeux forestiers, alors même que les forêts nous intéressent toutes et tous. Le candidat Bonnaterre compte aussi créer une nouvelle réserve naturelle régionale et créer un syndicat chargé de gérer le patrimoine forestier, notamment en achetant des parcelles.

Cela dit, Laurent Bonnaterre explique aussi vouloir soutenir la plantation d’un million d’arbres en 10 ans. Ce chiffre démontre la mauvaise compréhension des enjeux forestiers du candidat : il n’y a pas besoin de planter d’arbres dans des forêts bien gérées. L’urgence est à l’exploitation durable des forêts, qui respecte les cycles naturels, et non pas à la plantation.

La liste du Rassemblement de la Gauche combative et écologiste pour la Manche, menée par Sébastien Jumel, s’est montrée intéressée par nos propositions, mais n’y a pas réagi directement.

Nouvelle Aquitaine

Une région clé pour les forêts ! Au cœur des enjeux : le modèle de sylviculture hyper intensif landais, basé sur la monoculture du pin maritime avec des coupes à 40 ans. Ce modèle a permis de construire une puissante industrie de la transformation du bois, mais est aujourd’hui fragilisé par les changements climatiques. Surtout, son extension aux départements riverains, notamment en Dordogne avec la multiplication des coupes rases dans les peuplements feuillus, appauvrit la biodiversité et bouleverse les paysages.

Les réponses des candidat.es sont plutôt décevantes, y compris pour les candidats « annonçant soutenir nos propositions », mais sans développer. La liste conduite par Clémence Guetté (LFI) insiste sur le fait que la « forêt est au cœur de la bifurcation écologique » et indique la nécessité de renforcer « une gestion publique raisonnée qui laisse le milieu naturel s’exprimer». Alors que la forêt est essentiellement privée dans cette région, il aurait été intéressant d’avoir une analyse sur les leviers d’actions de la région en terme de subventions ou d’aides à l’investissement.

De son côté, la liste conduite par Guillaume Perchet (LO) considère « qu’il n’y a pas de solution à l’échelle régionale » « tant que les capitalistes conduiront le monde. A l’inverse, je suis convaincu que les travailleurs en mesure de diriger la société géreraient  plus intelligemment les ressources en respectant l’environnement, ce que la loi du profit empêche aujourd’hui ».

La liste conduite par Nicolas Thierry (EELV) a souhaité s’entretenir avec nous. Elle dénonce notamment l’implantation de panneaux photovoltaïques en forêts et un projet douteux de compensation en Dordogne basé sur de la plantation d’arbres… après destruction d’une forêt qui était censée être protégée.

La liste conduite par Geneviève Darrieussecq (LREM) ne développe aucune mesure spécifique à la filière forêt bois.

Quant à la liste conduite par Nicolas Florian (LR), elle se limite à mettre en avant des projets de micro-forêt en ville.

Occitanie

Deuxième région forestière de France, l’Occitanie abrite de nombreux massifs forestiers remarquables, qui s’étendent des Cévennes aux Pyrénées. Comme beaucoup de territoires, le modèle forestier est à la croisée des chemins entre une industrialisation croissante et des alternatives qui se structurent. Ces tensions se cristallisent notamment sur des luttes contre l’implantation de grandes scieries dans le Tarn ou dans les Pyrénées. Pourtant, la forêt semble ne pas être un sujet pour les candidat.es. Aucun.e candidat.e ne nous a répondu. 

La liste conduite par Vincent Terrail-Novès (Nouvel Élan pour l’Occitanie, LREM) propose un plan d’action pour les forêts qui manque de précision pour pouvoir être correctement analysé.

Provence Alpes Cote d’Azur

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est une région très boisée : la forêt couvre 48% de son territoire. Étant donné la diversité des paysages de cette région (paysages montagnards et paysages méditerranéens), ses forêts sont d’une grande diversité biologique.

Néanmoins, aucun.e candidat.e n’a souhaité réagir à nos propositions dans cette région, mise à part la candidate de la France Insoumise, Marina Mesure, qui s’est finalement retirée du vote.

Jean-Laurent Félizia, candidat d’Europe Ecologie les Verts, du Parti Socialiste et de Parti Communiste, n’évoque que très brièvement les forêts dans son programme, qu’il dit vouloir gérer “durablement”. Canopée rappelle que si une gestion durable des forêts est bien nécessaire, la définition d’une gestion “durable” est difficile à établir. En effet, le label PEFC par exemple, qui doit garantir une gestion durable, permet notamment de certifier des coupes rases.

Le candidat de La République en Marche et du parti Les Républicains, Renaud Muselier, n’évoque pas non plus les enjeux forestiers dans son programme. Canopée déplore l’insuffisante prise en compte de la biodiversité forestière, des emplois locaux liés à la filière bois et du rôle de puits de carbone de la forêt dans cette région.

Pays de la Loire

Cette région est caractérisée par une surface forestière relativement modeste, morcelée et avec une qualité écologique globalement assez dégradée. Comme beaucoup de régions, les Pays de la Loire ont perdu beaucoup de petites et moyennes scieries mais possèdent un tissu important de PME dans la deuxième et troisième transformation. L’enjeu prioritaire est donc de restaurer la qualité écologique des forêts en évitant une conversion vers de la plantation de résineux et de soutenir une première transformation permettant de valoriser des bois locaux. 

La liste conduite par Mathieu Orphelin (L’ Écologie ensemble, solidaire et citoyenne) est celle qui articule le mieux la prise en compte de ses enjeux écologiques et économiques. Elle reprend plusieurs propositions de Canopée portant notamment sur « un soutien à une gestion plus écologique des forêts basée sur la régénération naturelle plutôt que les plantations » ou encore « le soutien aux techniques d’exploitation à faible impact en forêt, à la réimplantation de petites scieries pour satisfaire les besoins locaux, à la commercialisation en vente directe, aux initiatives permettant de réutiliser et de recycler le bois, à l’installation d’une usine de production de panneaux de bois destinés à la construction écologique et en complément, de valorisation des coproduits de cette filière pour la construction et les usages énergétiques responsables ».

La liste conduite par Guillaume Garot (Printemps des Pays de la Loire) partage “la philosophie de nos propositions” notamment “le développement d’une filière bois plus écologique et responsable” avec “plan de formation, conditionnalité des aides, structuration de la filière locale grâce à la commande publique”. Cette liste met en avant “la mise en place d’un programme d’aide au boisement et au reboisement afin d’aider les propriétaires forestiers à planter des arbres lorsque cela est nécessaire mais surtout  à diversifier les essences et à transformer leurs boisements peu productifs ou inadaptés”. Une mesure à clarifier, car c’est justement la transformation systématique des boisements “peu productifs” par coupe rase suivie d’une plantation qui pose problème : il existe d’autres itinéraires techniques permettant d’améliorer ses peuplements sans détruire le couvert forestier.

Les autres listes ne nous ont pas répondu. La liste de Christelle Morançais (LR) met en avant un programme de reboisement avec “un objectif de plantation de 2 millions d’arbres d’ici 2024”. Dans le détail, cet objectif n’est associé à aucune conditionnalité environnementale : ce programme finance la plantation de peupliers en zone humide ou encore la transformation des forêts existantes par coupe rase suivie d’une plantation de résineux. A noter : la présence d’Antoine d’Amécourt, le président de la fédération des propriétaires privés forestiers et lobbyiste pro coupe rase, dans cette liste.

Corse

La Corse est une région particulièrement boisée. Pour rappel, le territoire national est boisé en moyenne à 30% ; en Corse, ce taux monte à 58%. Les paysages corses sont d’une grande diversité : il en va de même pour la forêt de cette région.

Cependant, aucun.e candidat.e corse n’a réagi directement à nos propositions.

Pour autant, le programme d’Agnès Simonpietri, candidate pour Europe Ecologie les Verts, reprend largement nos préconisations. Il indique notamment :

“La CDC (Collectivité de Corse) favorisera une sylviculture à couvert continu et la diversification des essences dans une approche écosystémique et multifonctionnelle des peuplements forestiers, en privilégiant les espèces locales et tout particulièrement pin laricciu, châtaignier, chêne-liège suvara, hêtre faghju, pin maritime, chêne pubescent, aulne alzu, frêne frassu, charme carpine.”

La liste d’Agnès Simonpietri reconnaît également la nécessité de réorganiser la filière, et de pousser l’utilisation du bois d’œuvre dans les bâtiments publics, comme nous le suggérons : “Malgré les plans successifs, et en dépit de quelques réalisations significatives, la filière bois reste à la peine: seul le développement de la commande publique, conditionnée à l’obtention de subvention de la CDC, donnera un élan significatif à l’utilisation du bois d’œuvre pour la construction.”.

Ce programme nous semble donc pertinent et abouti.

En revanche, le programme de Jean-Charles Orsucci, candidat de La République en Marche, n’évoque pas la forêt. S’il comprend bien un onglet “environnement”, celui ci se porte sur les énergies renouvelables telles que l’énergie hydraulique. Il n’est pas fait mention des enjeux écosystémiques de la forêt, ou de son rôle en tant que puits de carbone, ce que nous regrettons.

Les réponses intégrales des candidat.es à nos propositions

Canopée vous propose de lire en intégralité les réponses des différent.es candidat.es à notre cahier de propositions :

Réponses intégrales

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