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Dans le cadre du plan « France Relance », le gouvernement a fléché 200 millions d’Euros vers la filière forêt-bois. L’objectif affiché : aider les forêts à s’adapter au changement climatique. Nous révélons dans notre enquête que cet argent public a en vérité principalement financé des coupes rases et la plantation de douglas. Le plan de relance a donc surtout permis de subventionner l’industrialisation de la gestion forestière.

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Les points clé du rapport

  • 87% des projets financés par le plan de relance impliquent des coupes rases.
  • Dans 83% des cas, le plan de relance permet des plantations en monoculture. Dans les 17% restants (lorsqu’une parcelle fait plus de 10 hectares), il n’exige qu’une très faible diversification.
  • Le douglas est l’arbre le plus planté grâce au plan de relance. Cet arbre n’est pas particulièrement bien adapté au changement climatique : c’est surtout l’arbre parfait pour industrialiser davantage la gestion forestière.

Des études de cas

Pour illustrer nos critiques, nous présentons quatre études de cas. La première d’entre elles, présentée également dans la vidéo ci dessous, montre comment une forêt saine et intéressante d’un point de vue sylvicole est rasée par la coopérative CFBL( Coopérative Forestière Bourgogne Limousin) pour être replacée par une plantation, de douglas principalement :

Un plan d’adaptation aux besoins des industriels

Planter massivement des arbres : stratégie d’adaptation au changement climatique ou cadeau aux industriels ?

Le plan de relance vise à planter 50 millions d’arbres en deux ans. Le chiffre peut paraître impressionnant, mais la forêt n’a pas besoin de l’homme pour pousser : si planter des arbres en forêt peut parfois être une solution face à un constat d’échec, il s’agit aussi d’une stratégie d’industrialisation de la gestion forestière.
En effet, ce qui distingue la forêt de l’agriculture est que les forêts sont des écosystèmes, qui n’ont pas besoin de l’action humaine pour se renouveler. La gestion forestière s’appuie sur la dynamique naturelle de l’écosystème, et cherche à produire et à récolter des grands arbres arrivés à maturité, dont le prélèvement va ouvrir un puits de lumière permettant aux jeunes pousses du sous-bois de prendre le relais, ou aux autres arbres d’accéder à la canopée. Lorsque le forestier doit planter, c’est parce qu’il considère que la régénération naturelle n’est pas suffisante en quantité ou en qualité. Comme nous l’expliquons dans une tribune dont nous avons coordonné la rédaction avec plus de 600 scientifiques et acteurs de la filière forêt-bois, l’accent mis sur la plantation d’arbres est un moyen de se détourner du principal enjeu : “une stratégie d’adaptation prometteuse et efficace est d’abord d’essayer d’accompagner et d’améliorer les peuplements en place à chaque fois que cela est possible ». Mais ces stratégies fines ne conviennent pas aux grandes coopératives forestières.

Les coopératives forestières : où est le problème ?

Les coopératives forestières sont des entreprises jouant un rôle central dans la filière forêt-bois.
Historiquement, les coopératives ont été rattachées à un territoire précis et circonscrit. Leur rôle était celui d’un conseiller aux propriétaires, qui « se partageaient » ainsi un conseiller.
Le marché est aujourd’hui dominé par cinq grandes coopératives forestières : Alliance Forêts Bois, la Coopérative Forestière Bourgogne Limousin (CFBL), Unisylva, Forêts et Bois de l’Est et Nord-Seine Forêt.
La coopérative Alliance Forêts Bois, à l’origine landaise (la coopérative agricole et forestière du sud-atlantique, CAFSA) est par exemple le résultat de la fusion successive de 18 coopératives locales. Aujourd’hui, Alliance compte plus de 650 salariés, affiche un chiffre d’affaires de 198 millions d’Euros et s’étend de Bayonne à la Normandie. Cette concentration pose problème, car elle conduit à une uniformisation des itinéraires techniques préconisés, qui reposent sur les principes du modèle de la sylviculture landaise : des coupes rases suivies de plantations.
La place des coopératives forestières devient hégémonique au sein de la filière bois : Alliance possède par exemple des entreprises de l’amont et de l’aval de la filière. La coopérative possède des parts dans des pépinières (FORELITE, SCEA Berdillan), des scieries (CBS), mais aussi des entreprises de fabrication d’engins (La Landaise) ou d’entreprises de transport (Castagnet- Duméou).
De plus, les coopératives effectuent certes toujours du conseil, mais elles effectuent également des travaux (de coupe ou de plantation), et achètent le bois de leurs clients. C’est généralement le même technicien de secteur qui conseille les propriétaires, achète les bois et facture les travaux.
Le propriétaire forestier est aujourd’hui captif de la coopérative, du plant à la planche : un modèle qui reproduit celui constaté dans l’agriculture.
Il résulte de ces évolutions que les coopératives forestières ont un intérêt économique à conseiller aux propriétaires des travaux lourds : ainsi, elles peuvent facturer ces travaux, l’éventuelle plantation qui s’en suit, et diriger une activité économique vers les pépinières, scieries, entreprises de fabrication d’engins et de transport qu’elles possèdent.

Le manque de transparence

« Tous les projets sont par définition publics. Moi, je ne cache rien. C’est d’une transparence totale. »

Les mots du Ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, prononcés le 22 décembre 2020 lors d’une question posée par Canopée à propos du plan de relance, font aujourd’hui l’effet d’une promesse non tenue.
Malgré 8 demandes écrites d’accès à la liste des parcelles bénéficiant du plan de relance adressées au Ministère, cette liste ne nous a pas été transmise.
Les grandes coopératives forestières, comme par exemple Alliance Forêts Bois, n’ont pas non plus souhaité communiquer la liste des parcelles pour lesquelles elles ont reçu de l’argent public.
Pour réaliser cette enquête, nous nous sommes donc basés sur une trentaine d’entretiens avec des professionnels de la filière forêt bois, des agents de l’ONF, des élus locaux ou des fonctionnaires.

Nos propositions pour améliorer les subventions publiques

Si Canopée critique le plan de relance, l’objectif est bien de montrer ses failles pour que les futures subventions publiques soient mieux conditionnées. Voici nos recommandations :

  • Soutenir une sylviculture d’amélioration et de réduction de la vulnérabilité des peuplements existants
    • A chaque fois que cela est possible, il est préférable de maintenir l’ambiance forestière pour protéger les sols et le microclimat forestier. Dans de nombreuses situations, des peuplements pauvres ou vulnérables peuvent être améliorés par des travaux sylvicoles à faible impact, et, le cas échéant, par des plantations d’enrichissement.
      • Mettre en place de façon systématique un volet adaptation et biodiversité dans les documents de gestion en forêt privée et publique ;
      • Encourager, par une fiscalité verte et des éco-conditions aux aides publiques, les travaux d’amélioration des peuplements existants et permettant de conserver l’ambiance forestière, de protéger les sols, de diversifier la composition en essences et la structure des peuplements ;
      • Encadrer strictement les coupes rases, et les limiter aux seules situations de crises sanitaires lorsqu’aucune autre alternative n’est possible.
  • Ne pas introduire d’espèces exotiques invasives ou porteuses de pathogènes
    • La création d’îlots d’avenir au sein des peuplements existants doit être mieux encadré sur l’introduction d’espèces exotiques par une analyse de risques, et il faut favoriser plutôt des tests in-situ de nouvelles provenances d’essences déjà ou potentiellement présentes.
  • Renforcer la recherche
    • Dans un contexte de forte incertitude, il est indispensable de renforcer la recherche forestière, en particulier pour mieux comprendre les mécanismes de résilience des écosystèmes, la plasticité des essences ou le fonctionnement des sols forestiers.
  • Renforcer l’accompagnement des propriétaires, l’observation sur le terrain et les dispositifs de suivi sanitaire
    • Les effectifs du Centre National de la Propriété Forestière (CNPF) et de l’Office National des Forêts (ONF) doivent être renforcés. Le Département de la Santé des Forêts (DSF) a développé avec ses partenaires (ONF et CNPF) des outils et systèmes de suivis performants. Pour construire une gestion adaptative face au changement climatique, ces outils doivent être développés et leur utilisation doit être facilitée par un renforcement des formations des propriétaires et gestionnaires forestiers.

La réponse de la CFBL

Avant publication de notre rapport, nous avons envoyé chaque étude de cas mentionnée dans le rapport aux entreprises concernées.

La Coopérative Forestière Bourgogne Limousin nous a fait parvenir sa réponse, que nous partageons ici :

Lire la réponse de la CFBL à l’étude de cas n°1

Nous remercions la CFBL pour sa réponse et le dialogue ainsi entamé. En revanche, nous ne partageons pas les constats mentionnés dans cette réponse, ni les choix de sylviculture qui ont été faits par la suite. Nous sommes ouverts à une visite sur le terrain avec des représentants ou représentantes de la CFBL pour discuter plus amplement de la gestion des peuplements qui entrent dans la catégorie « peuplements pauvres » du plan de relance.

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