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Des coupes rases dans le Morvan à l’usine de granulés de bois, Biosyl, à Cosnes-sur-Loire. Enquête sur la face cachée du bois énergie.

Une contestation grandissante contre les coupes rases

Au cœur de la Bourgogne, le Morvan est l’un des derniers joyaux forestiers en France. Naturellement, les forêts morvandelles sont constituées de peuplements feuillus, à dominante de hêtres et de chênes. Mais depuis les années 1950, ces forêts sont rasées pour faire place à des monocultures de douglas, un arbre très apprécié pour ses qualités de bois d’œuvre.

Ces coupes rases entrainent une profonde transformation des paysages et participent à l’érosion de la biodiversité. Sous la pression des citoyens, le parc naturel régional du Morvan a demandé à l’État à pouvoir mieux réguler ces coupes mais en vain. Le 17 novembre, Canopée et une trentaine d’associations du collectif SOS Forêt Bourgogne ont organisé une action réunissant plus de 500 personnes pour dire « STOP » aux coupes rases. 

Unisylva, une coopérative aux pratiques controversées

La parcelle où cette action a eu lieu n’a pas été choisie au hasard. Il s’agit d’une parcelle qui a été exploitée par la coopérative forestière Unisylva. Cette coopérative regroupe aujourd’hui plus de 12 000 propriétaires forestiers et est implantée en Auvergne, Bourgogne, Centre, Val-de-Loire et Limousin. Depuis 20 ans, à l’image de ce que l’agriculture a connu, les coopératives d’exploitation forestière se sont concentrées et sont devenues des acteurs très influents sur les propriétaires forestiers. Elles réalisent les diagnostics forestiers, rédigent les plans de gestion, exécutent les travaux forestiers et commercialisent le bois. L’absence de séparation entre ces différentes fonctions créée un conflit d’intérêt : les coopératives ont un intérêt économique à recommander des itinéraires techniques avec davantage de travaux comme la coupe rase suivie d’une plantation plutôt qu’une gestion sélective de la forêt.

De façon générale, la filière forêt-bois n’apprécie guère les critiques. Depuis Colbert, c’est bien connu, les forêts françaises sont gérées durablement. La preuve : la surface des forêts françaises est en extension. Un argument qui masque une autre réalité : les plantations, surtout en monocultures, n’ont pas du tout le même intérêt écologique que des forêts naturelles (ou sub-naturelles). De plus, les forêts françaises sont très jeunes (80% des arbres ont moins de 100 ans) et pourraient encore vieillir. La coupe rase, suivie d’une plantation de douglas, installe un mode de gestion où les arbres sont récoltés en moyenne à 40 ans. Pour écarter toute critique, Unisylva est adhérente à la certification PEFC. Pratique, les chantiers d’exploitation sont automatiquement certifiés et même si quelqu’un souhaite se plaindre, le cahier des charges de PEFC est très flou sur l’encadrement des coupes rases. 

Suite à notre action le 17 novembre, Unisylva a envoyé un courrier à la député Mathilde Panot, présente sur place.

Unisylva justifie cette coupe rase en expliquant que le peuplement existant était « un taillis dégradé en qualité et en croissance, sans avenir« . Cet argument est très contestable : l’analyse des souches et des arbres laissés sur place montrent que ce sont des arbres, pour la plupart, sains qui ont été coupés. Certes, certains présentent des défauts ne permettant pas de les exploiter en bois d’œuvre mais ce n’est pas le cas de tous comme le prouvent ces quelques photos :

Des grumes de chênes et de merisiers, de 40 à 80 cm de diamètre, sans défaut apparent, identifiés sur une parcelle rasée par Unisylva (Marigny l’Église, 58). Le chêne, en haut à gauche, a environ 200 ans (cernes visibles).

Comment des chênes centenaires finissent en granulés de bois

Dans son courrier, Unisylva explique que « le bois coupé, de basse qualité, est transformé en granulés de bois dans une usine locale ». Il s’agit de l’usine Biosyl, située à Cosnes-sur-Loire. En 2010, Unisylva s’est associée à un investisseur Mr De Cockborne pour développer cette usine de fabrication de granulés. Le projet a bénéficié de plus de 2 millions d’euros d’aides publiques. Sur le papier, il s’agit d’offrir un débouché aux bois d’éclaircies et de n’utiliser que des résidus d’exploitation (comme les grosses branches des houppiers). C’est ce que présente cette vidéo réalisée en partenariat avec les magasins Mr Bricolage qui commercialisent les granulés de Biosyl. 

La réalité est tout autre. L’usine reçoit des chargements d’arbres entiers, débités en billons de 2 mètres, issus de coupes rases. Sur le parc à bois s’accumulent des chênes, des hêtres, du charme, du frêne de toutes tailles et de toutes qualités. A l’arrière de l’usine, trois piles de 50 mètres de longueur et de 3 à 4 mètres de hauteur, de chênes centenaires, avec des diamètres compris entre 40 et 90 cm. Certains arbres sont troués mais de nombreuses billes sont de qualité bois d’œuvre comme le prouvent ces photos.

Une grume de chêne de 90cm, sans défauts majeurs, identifiée sur le parc à bois de Biosyl.
Une des quatre piles de hêtres et de chênes de 50 à 90 cm de diamètre, identifiés sur le parc à bois de Biosyl. Là aussi, certains arbres sont troués, d’autres commencent à griser avec le temps mais beaucoup auraient été exploitables en bois d’oeuvre.

Le jeudi 4 juin, 20 activistes de Canopée, SOS Forêt et ANV-COP21 Nevers entrent sur le parc à bois pour dénoncer ce scandale. Interpelé, Mr De Cockborne explique qu’il fait confiance à son fournisseur Unisylva et à la certification PEFC. Visiblement embarrassé, il prétend ne pas savoir que des piles de chênes centenaires s’accumulent sur son parc à bois et s’engage, face caméra, à ne plus se fournir en bois issus de coupes rases. Un engagement face auquel nous serons extrêmement vigilants.

🌳🔥Nos forêts partent en fumée ! Des chênes centenaires issus de coupes rases et certifiés PEFC, prêts à partir en granulés. Une hypocrisie, une irresponsabilité que nous venons dénoncer ! En présence de l’équipe de « Sur le Front » (France 2) avec Hugo Clément, le directeur de Biosyl s’engage à ne plus recevoir de bois issus de coupes rases tout en affirmant que ce n’est pas son métier de contrôler ses approvisionnements… . S’il ne tient pas sa parole, nous n’en resterons pas là 💪

Publiée par Canopée sur Jeudi 4 juin 2020
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